OTI Corbie

Programme : Construction d’un office de tourisme intercommunal
Localisation : Corbie (80)
Maîtrise d’ouvrage : Communauté de communes du Val de Somme
Maître d’œuvre : Atelier POST (mandataire) + Atelier PAF (paysage) + Cabinet Becquart (BE TCE)
Surface : 175 m2
Budget : 1 080 000 € HT
Statut : Chantier en cours – Livraison 2026
Missions : Mission complète
Mode constructif : Portiques bois / Enveloppe en paille porteuse / Enduits terre & chaux / Couverture en bardeaux fendus / Déconstruction et réemploi de briques en pavages extérieurs / Récupération d’eaux pluviales pour sanitaires / Noues paysagères d’infiltration

Photos : Atelier POST / Maël Leseney / Florian Buquet

Le projet architectural entend défendre l’histoire du site de la maison éclusière, et de respecter autant que possible le patrimoine existant, tant pour ses qualités morphologiques que pour le déjà-là qu’il constitue. Partant de ce postulat, le projet se confronte à la problématique de tenue structurelle de la maison éclusière. Cette dernière est fortement endommagée dans ces parties latérales, et le maintien en place des pignons nécessite un effort économique et structurel déraisonnable par rapport à l’enveloppe budgétaire prévu pour le marché. Le choix est fait de tout de même conserver son écriture physique au sol, par un arasement des pignons briques et du refend central, servant d’appui et de support à des aménagements paysagers à destination du public. Elle conserve alors sa place sur le site, et forme un seuil historique pour le nouveau bâtiment.

Bordé par la Somme, le site de la maison éclusière induit une expérience linéaire et horizontale, guidée par l’écoulement naturel de l’eau, mais surtout par les flux des riverains et passants d’un jour qui longent le site de manière intense et régulière.

 

Le bâtiment s’ancre de plain-pied sur le terrain, dans un souci d’accessibilité et de simplicité, mais aussi afin de ne pas créer de masques bâtis trop importants pour les riverains et les vues dégagées existantes. L’édifice s’inscrit dans le site de façon modeste en suivant les caractéristiques longilignes de la parcelle, en respectant une mise à distance avec le voisinage proche. La proximité volontairement établie avec la maison éclusière permet de dégager l’extrémité Ouest de la parcelle de tout espace bâti, afin de laisser le jardin s’ancrer confortablement, sans subir la présence de l’édifice. Une attention de tous les instants est assurée sur l’entièreté des façades verticales et horizontales, par un traitement de qualité autant que sur la façade principale que sur les façades ‘arrières’ et la couverture. Le bâtiment, vu à partir de nombreux angles depuis l’espace public, se doit d’offrir une qualité matérielle irréprochable, et de ne dégrader aucune situation existante. En ce sens, le choix d’une toiture à deux pans permet d’ancrer le bâtiment dans un tissu vernaculaire et historique, mais aussi de traiter avec le plus grand soin cette cinquième façade de grande importance. L’orientation de ces pans est établie afin de profiter d’un pan Sud potentiellement producteur d’énergie et assurant une protection solaire indispensable. Le pan Nord, plus pentu, permet une prise de lumière haute par l’installation d’un volume manifeste, et une écriture assumée côté Somme, à l’échelle de celle d’une institution publique d’envergure.

 

L’office de tourisme s’adresse à l’espace public de manière évidente avec son espace d’accueil longeant la véloroute, prolongé d’une terrasse. Cette relation simple et directe offre la plus grande visibilité possible aux services proposés, et cherche aussi à affirmer la dimension d’accueil et de rayonnement en exposant très frontalement ce statut à la véloroute. L’espace d’accueil est mis en relation directe avec les programmes annexes liés à la réception du public : espace entretien, vélos en location, sanitaires itinérants.
Le back-office, bien qu’implanté en second rideau par rapport à la Somme, en garde quand même un contact proche et un accès direct, mais profite lui d’un apport solaire et lumineux au Sud, ainsi qu’un jardin dédié, calme, en retrait de l’animation située côté Somme.
Les accès sont multipliés afin d’avoir un adressage complet selon l’origine des publics, mais restent entièrement adaptables par l’équipe d’agents selon les disponibilités et les saisons. Les espaces extérieurs sont disposés sur toute la périphérie du bâtiment et sont tous différents, permettant à chacune et chacun d’y trouver un espace de repos, d’attente ou de service adéquat : grande terrasse, gradins sur jardin, parvis planté, etc.
Le projet cherche à rendre singulière chaque situation, pour que celle-ci puisse être autant marquante que confortable, tout en étant partie d’un ensemble grandement ouvert sur le paysage.

 

Par le choix d’un système de portiques à 2 points d’appuis verticaux, totalement laissé vu, le projet offre une claire lisibilité structurelle pour les usagers. Ce système permet une flexibilité totale dans l’articulation des programmes, une réversibilité absolue dans le temps. Le décalage opéré au faîtage, cherche quant à lui magnifier cette structure mise en œuvre, tout en assumant une écriture volontairement contemporaine aux pignons du nouvel édifice.
Le projet, par sa structure, cherche à respecter une histoire et un langage territorial commun, facilement reconnaissable et identifiable. Néanmoins, il ne se limite pas à cette morphologie, et intègre des accidents heureux, redonnant une dimension institutionnelle et publique à l’ouvrage : cheminée monumentale, faitage décalé, coyau sur l’entrée, pignon vitré, etc. La part belle est ici faite à la lumière naturelle, dans sa qualité à magnifier des matières, des espaces et le paysage périphérique de grande qualité.

 

L’écriture matérielle du bâtiment se veut claire et profondément mise en relation avec le territoire de la vallée de la Somme, et assume l’objectif d’être une vitrine territoriale. Ces choix découlent d’une disponibilité locale, mais aussi du caractère vertueux et respectueux des filières d’extraction et de transformation, autant pour les milieux vivants que pour les êtres humains qui s’attèlent à leur production.

Le peuplier, espèce marquante des bords de Somme, assure la partie structurelle principale du bâtiment. La paille, abondante régionalement et d’une incomparable efficacité hygrométrique et thermique, permet d’assurer la majeure partie de l’enveloppe verticale du bâtiment. Cette dernière est enduite de terre ou de chaux selon les situations de projet, afin d’être protégée tout en continuant à pouvoir réguler l’humidité intérieure grâce à des matériaux perspirants et naturels.